Editorial

Ursula Schultz-Dornburg

A la MEP depuis le 4 Décembre, la première grande rétrospective consacrée à Ursula Schultz-Dornburg, est aussi impressionnante par son ampleur ( 250 images y sont présentées ), que par la quiétude silencieuse qui en émane, engageant le visiteur dans une observation appliquée, vers une réflexion incontournable sur la relation entre l’environnement et le bâti .
Avec cette démarche rigoureuse et presque scientifique que l’on serait tenté de rapprocher des protocoles de l’école de Düsseldorf, la photographe allemande a documenté pendant cinquante ans la transformation des paysages liée à l’impact de l’homme et des événements géopolitiques.
Contrairement à l’œuvre de Bernd et Hilla Becher en revanche, qui dans les années 60 s’attachaient à immortaliser les sites industriels en voie de disparition, la photographe semble ici vouloir mettre en lumière, dans une approche minimaliste, ce qui survit à l’homme, les traces persistantes au-delà des conflits sociaux, des aléas politiques et culturels de l’humanité.
Ainsi le temps joue-t-il un rôle majeur dans les images d’Ursula Schultz-Donrburg. Il rythme l’exposition organisée et scénographiée par l’artiste elle-même.
D’Irak, de Mésopotamie, et de Syrie, elle rapporte un travail documentaire sans concession, sur les frontières et les vestiges du berceau de la civilisation.
D’un voyage plus récent en Arménie, elle revient avec une série insolite d’abribus hérités du passé soviétique du pays, et aujourd’hui à l’abandon. Ils ont survécu à l’idéologie architecturale de leurs créateurs. « C’est ainsi que leur forme, parfois assez originale ou absurde, saute aux yeux » explique la photographe.
Enfin, la géométrie des sites nucléaires à l’abandon dans l’ancienne union soviétique illustre avec une paradoxale poésie, les dégradations de l’environnement liées aux quêtes politiques révolues.
Bien loin d’un simple travail documentaire, l’œuvre d’Ursula Schultz-Dornuburg est le fruit d’une réflexion de plusieurs décennies sur le temps, les cycles et les déclins vus par le prisme de l’architecture. Son esthétique minimaliste et conceptuelle, sa précision technique et sa scénographie soignée font de cette exposition un témoignage d’une sensibilité tout à fait unique.

Ursule Schulz-Dornburg
Maison Européenne de la Photographie
5/7, rue de Fourcy
75 004 Paris

Du 4 Décembre 2019 au 16 Février 2020.

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